Pôle Emploi : des attestations parentales dorénavant nécessaires pour justifier de vos périodes de travail

Depuis le 1er mars, les intermittents qui atteignent leur date-anniversaire doivent fournir une attestation de leurs parents pour compléter leur dossier de renouvellement de droits. Une mesure de bon sens, selon l’organisme, qui n’affecte pas tous les intermittents de manière équitable.

Comme de nombreux intermittents depuis mars, Étienne n’a pas caché sa surprise en recevant un nouveau courrier de Pôle Emploi. “Ce n’est vraiment pas mon premier barbecue. Comme tous les ans, enfin tous les dix mois, enfin de nouveau tous les ans mais avec la date qui recule au dernier contrat, enfin donc bref comme assez souvent dans ma vie d’intermittent, j’étais prêt : AEM scannées au cas où, comparatif avec le passé professionnel en ligne, boulier, calculatrice, crayon et gomme sur le bureau… J’ai ouvert le courrier prêt à rectifier à peu près toutes les incohérences de dossier que j’ai connues en trente ans de carrière. Mais là, je n’étais pas prêt pour ça.”

Et pour cause : Pôle Emploi demande à Étienne, pour chacun de ses emplois depuis sa dernière ouverture de droits, une lettre de ses parents attestant qu’Étienne a bien travaillé sur la période indiquée.

Passé l’effet de surprise, Étienne réagit “comme à l’entraînement : j’ai attendu 9h, appelé le 3949, composé # * 75 1 4 3 puis mon numéro d’allocataire chômage et attendu une réponse”. 9:00:17 : Étienne a peu à attendre pour bénéficier d’une réponse, et de la deuxième surprise de sa journée : l’attestation parentale est une nouvelle norme à laquelle l’interlocuteur en ligne ne peut apporter aucune explication. “Vous êtes nombreux à nous appeler”, répète la personne à Étienne, qui veut bien la croire.

Une fois rassuré sur la cohérence de cette nouvelle exigence de Pôle Emploi, Étienne agit en bon intermittent : “ne pas se poser de questions et ne pas laisser traîner”. Ni une ni deux, Étienne enfourche son single speed et va rendre visite à sa maman, qui vit dans une maison de retraite en banlieue, armé d’une cinquantaine d’exemplaires de l’attestation-type fournie par Pôle Emploi. Après quelques heures de travail et une consultation pour tendinite du poignet, sa maman le regarde repartir pour la capitale avec la satisfaction du devoir accompli : “C’est un bon garçon, qui travaille bien. Il mérite bien ces attestations, je suis sûr que son patron est très content de lui !”

Tous les intermittents n’ont pas la chance d’Étienne, qui, à 51 ans, a su conserver une excellente relation avec sa mère. Le père d’Amélie (prénom modifié), une jeune administratrice de production, n’a jamais caché sa désapprobation pour la “vie de saltimbanque” que mène sa fille. Il n’a donc pas daigné poser un œil sur les précieuses attestations : “il m’a dit que ça m’apprendrait à ne pas avoir continué dans la comptabilité ou la gestion comme il me l’avait conseillé…”, nous explique Amélie, en plein bouclage des salaires hebdomadaires d’une cinquantaine de techniciens d’une série télévisée. Devant l’insistance d’Amélie, son père finit par la renvoyer vers sa mère faute de temps à consacrer à cette sinécure. “Ma mère m’a dit : ‘tu as demandé à ton père ? C’est plutôt lui qui décide de ce genre de choses…’ J’ai fait l’aller-retour à deux reprises, et puis j’ai fini par imiter leur signature”, explique Amélie, pragmatique jusqu’au bout des ongles.

D’autres intermittents se retrouvent confrontés au fait d’avoir, pendant des années, simplifié excessivement la description de leur travail pour que leurs parents les comprennent : “ma mère pense que je suis caméraman pour la télé, elle n’a jamais compris le concept d’assistant opérateur, et très honnêtement j’ai vite lâché prise. Du coup, sur mes attestations, elle a littéralement écrit : ‘caméraman pour la télé’…”, nous rapporte Johann suite à notre appel à témoignages. Or “caméraman pour la télé” n’est pas sur la liste officielle des désignations de postes ouvrant droits au chômage au titre de l’annexe VIII et X, comme l’a cruellement appris Johann cette semaine.

Contacté par nos soins, les équipes de Pôle Emploi minimisent les difficultés rencontrées par cette nouvelle règle de gestion. “C’est une règle de bon sens qui va simplifier de nombreuses études de dossier, parce que nous ne recevons pas toujours les AEM de la part des employeurs. Un mot des parents a une valeur forte de confiance, nous y attachons une grande importance”. Seule adaptation envisagée, à la marge : une dérogation pour les intermittents dont les parents sont décédés. “Pour chaque contrat déclaré, une fois les certificats de décès bien traités par nos services et homologués par un notaire du choix du demandeur, nous tolérerons une attestation d’un conjoint, ou éventuellement d’un enfant.” Nul doute que les prochaines négociations pour débarrasser le repas auront une saveur toute particulière quand votre fils aîné aura vos droits au chômage entre les mains.

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