MI6 : le tournage à Paris n’aurait employé que 2986 intermittents français

Un rapport accablant de la Ville de Paris indique que le tournage parisien du blockbuster n’aurait pas embauché les 3000 intermittents français promis (4760 embauches selon la police, 1212 selon les syndicats). Pour éviter les mouvements sociaux imminents, plusieurs sanctions sont à l’étude, dont un retour d’expérience obligatoire des techniciens américains par des formations Pôle Emploi/Afdas.

Une des sanctions envisagées : obliger les membres de l’équipe de MI6 à animer des formations

On ne bloque pas la place de l’Étoile sans contrepartie : tel est le message qu’Anne Hidalgo souhaite envoyer aux producteurs de Mission: Impossible 6, dont le tournage a rythmé la vie des automobilistes parisiens ces dernières semaines, bloqués successivement place de l’Étoile, quartier Opéra, des quais de la Seine et autres grands axes de la capitale. En cause, un rapport montrant du doigt le non respect des engagements pris par la production pour obtenir les décors convoités, garantissant l’emploi d’au minimum 3000 techniciens et comédiens français. Aujourd’hui, 14 manquent à l’appel et la mairie de Paris a dû monter au créneau pour désamorcer le conflit social qui se prépare.

Mission: Impossible 6 a négocié des blocages dans plusieurs grands sites parisiens pour réaliser des prises de vue de cascades impressionnantes, la plupart exécutées avec brio par Tom Cruise en personne. Ces blocages de grande ampleur, dont le cinéma français, Luc Besson excepté, semble découvrir l’existence à chaque tournage de film américain à Paris, sont l’objet de négociations féroces avec le millefeuilles d’autorités compétentes en la matière : mairie de Paris, préfecture de police, ministère de la Culture, Office National des Forêts et une commission spécialement créée au sein du Parlement font partie des rendez-vous obligés de tout directeur de production désirant, pour faire simple, faire exploser des voitures devant le Louvre à des fins de divertissement.

Jack Addy, unit production manager France pour MI6, n’en est pas à son premier barbecue, et il a très vite trouvé l’axe de négociations pour faire pencher la balance en sa faveur : « j’ai laissé entendre à la mairie que bloquer des rues c’est inciter les automobilistes à se séparer de leur voiture, mais que c’est plus ludique parce que ça leur donne l’occasion de regarder un poids-lourd rouler sur des motos de police avec un sourire de Tom [Cruise, ndlr] à la clé ! » Associer un tournage de blockbuster au plan anti-voiture de la mairie de Paris : audacieuse, l’idée prend, et le chemin des autorisations devient d’un coup plus lisse que le discours de bien des candidats à l’élection présidentielle.

un pickup de l’équipe technique de MI6 à Paris

Cependant, les interlocuteurs français imposent des conditions à la production, et notamment la nécessité d’engager de nombreux techniciens et comédiens français. Les syndicats font monter la pression, et les négociations finales s’enlisent sur le seuil d’intermittents à embaucher. « Nous pouvions garantir une dizaine d’emplois, le ministère du Travail nous demandait 200 000, nous sommes tombés d’accord sur 3 000, je ne saurais plus vous dire pourquoi », résume Jack pour qui ce n’était finalement qu’une négociation de plus.

Les syndicats, vigilants comme à l’accoutumée, exigent un suivi de ces engagements, et un audit est bientôt missionné par la mairie de Paris. Résultat des courses : au dernier recensement, 2986 intermittents auraient été engagés sur le tournage de MI6 (4760 selon la police, 1212 selon les syndicats, moyenne à 2986 certifiée par la mairie de Paris). Les syndicats, entraînés par les manifestations du 1er-Mai, étaient déjà dans la rue quand la mairie a annoncé réfléchir à une série de sanctions contre la production de MI6, « visiblement irrespectueuse des engagements pris et méprisante envers la qualité des techniciens de l’industrie française ». Amédée Brayer, de la SNTPCT, s’insurge contre les pratiques de la production américaine : « MI6 n’a embauché que l’équivalent de 63,5 tournages français en nombre de techniciens ! En France, nous sommes peut-être un cran en-dessous en termes de moyens techniques, mais nous avons notre dignité et nous nous battrons jusqu’au bout pour la préserver. »

Au programme des sanctions envisagées : annuler certains des blocages autorisés, ce qui obligerait la production à tourner les cascades en circulation réelle, ou encore obliger les techniciens émérites de la production américaine à venir former des techniciens français sur des sujets spécifiques, comme « le blocage à grande échelle », « tourner des scènes d’action convaincantes » ou « faire des blockbusters tout en aimant le cinéma d’auteur français : entre compromis et compromission ». Nul doute que ces séances dépasseront très vite les 3000 inscriptions, pour le plus grand plaisir de l’Afdas.

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