84% des électros simulent lorsqu’ils prédisent les fausses teintes

Combien de temps un technicien français passe-t-il à attendre, prêt à lancer le moteur à tout moment, suspendu aux lèvres d’un chef électro vissé à son verre de contraste pointé vers le soleil ? Outre les risques de torticolis et d’ennui chronique, les enjeux des paroles de l’électro sont critiques lorsque le temps vient à manquer. Et pourtant, les révélations fracassantes d’une étude de terrain viennent remettre en cause la croyance quasi-religieuse que le cinéma français portait jusqu’alors aux prédictions météo des chefs électriciens de France et de Navarre.

Christopher Lee, chef électro américain et fondateur de Lee Filters, prévoit une fausse teinte

L’Association pour une Météorologie de Plateau Éthique, Responsable et Efficace (l’AMPERE) publie aujourd’hui les conclusions d’une étude de terrain ambitieuse conduite depuis 2016 sur les tournages français, et le bilan est terriblement inquiétant : sa principale conclusion est que 84% des électros donnent des prévisions approximatives, se trompent ou inventent des résultats pour ne pas rester muets face au soleil.

L’annonce a provoqué une levée de boucliers des syndicats et associations concernées. Selon Pascal Taire-Natteur, chef électro délégué du SNTPCT (principal syndicat des techniciens du cinéma), « on a essayé d’appliquer des protocoles scientifiques sans aucune âme à un art de la lecture du ciel perfectionné depuis des générations. C’est comme juger la qualité d’un livre de philosophie à son nombre de mots », une déclaration qui a entraîné de nombreuses interrogations sur la possibilité même qu’un chef électro ait déjà été en contact direct avec un livre de philosophie. Christian Pooldeusper, qui a travaillé aux Pays-Bas avant de s’installer en France, ne voit là qu’« une attaque de plus de la bureaucratie française contre des techniciens compétents qui ont pour seul malheur d’être engagé dans la défense de leurs emplois et de leurs listes de consommables ».

« Un retard cumulé de 100 minutes par jour »

L’AMPERE se défend de tout biais idéologique et publie des éléments de sa méthodologie d’enquête. Des chronométrages précis ont été faits et comparés aux temps annoncés par les chefs électro, révélant des décalages de plus de 60% en moyenne : les fameuses « deux minutes avant le soleil » seraient donc en réalité plutôt trois minutes. « Et en cumulant cette minute d’écart sur dix prises, puis sur dix plans, on se retrouve avec un retard cumulé de 100 minutes, uniquement dû à l’électricité », conclut Lola Baurantine, professeur émérite de Temporalités Relatives à l’université du Perreux-sur-Marne, qui a mené l’enquête pour le compte de l’AMPERE.

Les révélations de l’AMPERE ont également permis d’ébranler l’omerta qui règne sur le milieu de l’électricité de cinéma. Sous couvert d’anonymat, des électros ont témoigné de pratiques plus que douteuses : « j’ai un chef qui a un verre de contraste complètement opaque, pour ne pas s’abîmer les yeux. Du coup, il jette un œil en douce à une application de météo locale qu’il se rembourse en notes de frais. », raconte ainsi un jeune électro parisien. Et au-delà de ces pratiques malhonnêtes, tout le monde s’accorde sur l’existence de techniques pour justifier les nombreuses mauvaises prédictions : « c’est compliqué à dire, les nuages se désagrègent devant le soleil », « on est vraiment en lisière de nuage », « il faudrait la tenter maintenant ça passera tout juste… Là c’est trop tard… »… Des boucliers brandis à l’excès et qui font maintenant lever les yeux au ciel des assistants réalisateurs aguerris.

Des formations encadrées par Joël Colado

Malgré les réactions officielles outrées, les syndicats murmurent en off la possibilité de mettre en place des garde-fous pour que la crédibilité des électriciens reste intacte. Le Collectif Lumière et Mouvement, une association d’électriciens et de machinistes, indique réfléchir à l’organisation de journées de formation sous l’égide de Joël Colado. Sans pour autant tirer la sonnette d’alarme, car comme conclut leur porte-parole : « on sait comment tous ces scandales se déroulent, ce n’est pas mon premier barbecue : nos relations au plateau vont être un peu électriques pendant un temps, mais la tension finira bien par chuter et on saura garder la face ».

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