Cinq régisseurs en garde à vue après une intervention des CRS pour “lever un barrage de gilets jaunes”

À Paris, une équipe régie qui assurait un blocage de rue lors de prises de vues en extérieur s’est vue interpeller par la police. Pris pour des manifestants, ils ont été jugés en comparution immédiate. Par chance, la production a pu remplacer les cinq régisseurs manquants dans la journée.

Lorsque Harry Vez-Alleure, second assistant réalisateur sur le plateau, a vu au loin une colonne de CRS préparer une charge, il a eu une grosse inquiétude. “Est-ce que je m’étais mélangé les pinceaux dans la feuille de service ? J’ai eu peur d’avoir convoqué dix figurants trois heures trop tôt”, puisqu’une séquence impliquant des policiers devait être tournée l’après-midi même. Lorsqu’il comprit que les agents n’étaient pas là pour faire semblant, il a pu retourner au plateau en toute sérénité, non sans intimer le silence par talkie aux régisseurs : “quand on bloque et que ça tourne, on doit maintenir le silence, pas crier et se plaindre en hurlant : c’est un plateau ici, pas une réunion syndicale”, précise Harry en haussant les épaules.

Renseignements pris auprès d’un assistant caméra un peu plus curieux, Victor Chevalenski, l’intervention de la police aurait été déclenchée suite à l’appel de plusieurs automobilistes gênés par le blocage intermittent (et autorisé) de cette rue passante de la capitale. Les automobilistes auraient dénoncé un blocage de gilets jaunes, afin de fluidifier la circulation. “C’est de bonne guerre”, juge un membre du bureau de l’AFR spécialiste des relations avec l’association 40 millions d’automobilistes. “Entre la hausse du prix de l’essence, les travaux dans Paris et la qualité des émissions d’Europe1 en baisse, les automobilistes se sentent victimisés. Comme il faut bien taper sur quelqu’un, les intermittents font office de défouloir”.

Et taper sur des intermittents, les CRS intervenus ce matin ne s’en sont pas privés face au zèle de l’équipe régie qui tenait à tout prix à faire tenir son blocage. “Quand on bloque à Paris, on a toujours un Parisien plus malin que les autres qui nous ment pour passer plus vite, qui nous insulte, qui s’énerve…” Sullivan Touze, responsable des formations “blocage et stationnement” à l’Afdas, est fier du comportement de cette équipe qu’il a vu passer dans ses formations. “Trois gars qui prétendent être flics, c’est pas leur premier barbecue, on leur a déjà fait bien pire. Ils appliquent la règle d’or du blocage : tenir.”

Résultat des courses, les hommes en bleu ne sont plus ceux que l’on pourrait croire. Contusions, hématomes et plaies sont devenus le quotidien de ces cinq régisseurs dont le seul tort a été d’être pris pour des individus ayant des revendications, un comble pour les petites mains de l’audiovisuel français. Peu sensible à ces arguments, le procureur a réclamé des peines de prison d’un an ferme pour tous les membres du groupe. En attendant que la justice tranche, le tournage du téléfilm continue sans anicroche : l’essentiel est sauf.

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